Sommes-nous (déjà) devenus des robots? Comment rester un être humain?
Dystopie et réalité…quand tout se mélange
Sur ma table de chevet en ce moment, 2 livres: Chien 51 de Laurent Gaudé et Cyberpunk - le nouveau système totalitaire- de Asma Mhalla.
Plus je lis Chien 51 et plus la dystopie de Laurent Gaudé rejoint le décryptage (lucide et aiguisé) de notre monde actuel par Asma Mhalla. C’est la 2ème fois que je vis cela. La 1ère fois c’était en regardant la série tirée du roman éponyme The handmaid’s tale (la servante écarlate) de Margaret Atwood.
Le monde de Laurent Gaudé où évoluent Zem Spartak et Salia Malberg a basculé. Désormais un pays est rachété par une entreprise. Les états basculent dans un ultracapitalisme où la notion de citoyens-salariés est confondue. Les citoyens sont “classés” et selon leur classe ils vivent dans 3 zones. Les citoyens de 1ère zone vivent dans un monde privilégié…Les zones 3 dans la fange. Système capitaliste poussé à l’extrême, le climat et l’environnement sont dégradés, la sécurité gérée par des cdrônes et l’IA. Un dôme met sous cloche et “protège” des déchainements méteo les zones privilégiées. La technologie dirige les humains.
Asma Mhalla décrypte de son côté comment nos démocraties sont en train de vaciller. Elle y analyse l’alliance Trump-Musk, nouveau régime biface, la course technologique, l’hypermédiatisation… un monde où émerge un meta-capitalisme et de nouveaux systèmes totalitaires, de nouvelles formes du fascisme. Mais aussi comment la perception du monde devient binaire, polarisée, simplifiée.. Comment les réseaux sociaux et les algorithmes ont déjà colonisé nos cerveaux, et comment les portes sont déjà enfoncées pour les IA. Nous sommes déjà tous “accro” “addict”, nos capacités attentionnelles se sont amenuisées, nous “bouffons” de l’information, nous sommes devenus infobèses, nous vivons dans des bulles de moins en moins perméables, nous nous rétrécissons, nous ne sommes plus capables de nous ouvrir à l’autre.
Il est où le goût de l’autre? Il est où le soleil? nous ne sommes plus capables de débattre. Charles Pépin consacre un épisode de son podcast sur la philosophie à cette question. “sommes nous encore capable de débattre”?
Robot ou pas Robot?
Alors que faire? Quelle part de notre humanité devons-nous convoquer pour Vivre et Résister? Sommes nous déjà des robots?
La technologie n’est pas responsable de tout. Nous fonctionnons déjà en mode “pilotage automatique”. C’est amusant, je démarre souvent mes formations par cette phrase. Notre cerveau nous fait gagner du temps en choisisant le mode binaire pour certaines de nos tâches. Nous libérons ainsi de l’espace pour nous atteler à des tâches plus complexes qui nécessitent du temps et de la reflexion. Ceci étant, cette simplification parfois/souvent erronée nous joue des tours.
Faire un pas de côté, se déprogrammer de ses automatismes, c’est une autre façon d’aborder une situation complexe et ça ouvre des perspectives, des champs de possible! Le rétrécissement c’est juste terrible!
Dans mes formations, toutes basées sur les comportements, nous explorons ce qui constitue l’être humain. Ce qui nous constitue pour comprendre “nos pourquoi” et pour nous challenger! Comment sortir de ce qui nous constitue et nous enferme, nous piège, se rejoue en boucle longtemps. Confiance, estime de soi, affirmation de soi…et la relation à l’autre. Dépendance, co-dependance, interdépendance, indépendance, accord, désaccord et conflit…
Un être humain ça pense, ressent, agit, décide, s’adapte, imagine et communique. Sommes nous et serons nous toujours en capacité d’être des êtres humains? C’est probablement l’un de nos défis actuels!
Résister, penser, vibrer et ralentir
Asma Mhalla nous propose à la fin de son livre “13 petits exercices pour l’esprit libre ou manuel de survie cognitive”. Tous nous ramènent à notre humanité: le sens des mots, la philosophie, le débat, savoir dire non, la fraternité, lire et encore lire (vs se faire hacker par les réseaux sociaux), rire, vibrer avec son corps… A notre intelligence émotionnelle, à notre libre arbitre aussi.
Philosophes, artistes, romanciers, essayistes, politologues nous alertent et nous livrent des pistes de résistance. Ainsi, Salomé Saqué dans son livre “Résister”. Elle analyse en France la montée du racisme et du nationalisme en décryptant la sémantique, la bataille culturelle et nous propose un petit traité de résistance. Résister en ne cédant pas au découragement, à l’indifférence, à la neutralité…Elle aussi convoque la joie! “je suis convaincue que la joie est quelque chose d’infiniment sérieux” en rempart à la peur.
Résister dans nos organisations, c’est probablement developper nos intelligences émotionnelles, nos intelligences collectives en apprivoisant les IA, en nous formant pour rester maitre à bord! Ne pas “flipper”, y aller, se former, se former…Penser librement et oser le pas de côté. “Casser les bulles” pour retrouver du commun, du sens, dépolariser, développer le débat et collectif.
C’est créer des espaces de rencontres et d’échange en VRAI pour retrouver des sensations, tous ensemble. C’est se confronter à l’altérité, prendre le temps de lire, ralentir et prendre le temps probablement…Eloge de la lenteur dans un monde où tout nous pousse à accélerer!